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Samedi 9h40. Relégué au second plan par le State of Origin disputé au Suncorp Stadium ce mercredi, ce match entre les Bleus et les Wallabies n’en représente pas moins un enjeu réel pour les locaux, obligés de séduire...

C’est beau, de sentir une ville vibrer de toute son âme pour un sport. Rare, surtout. Car franchement, hormis peut-être un soir de finale de NBA des Knicks au Madison Square Garden ou un certain 23 octobre 2011 à Auckland, jamais on n’avait ressenti cette impression autant qu’à Brisbane cette semaine. Avec, dès l’heure du petit-déjeuner, des maillots et des oriflammes à tous les coins de rue, une bonne humeur contagieuse et une atmosphère qui n’a cessé de monter, monter, jusqu’à la piétonnisation deux heures avant le match de Caxton Street, cette artère partie du cœur battant du centre-ville pour acheminer en toute sécurité une foule bicolore jusqu’au Suncorp Stadium. Caxton Street ? Oh, rien d’autre qu’une rue de la Soif en version Crocodile Dundee, où les mulets-moustache aux bras saillants se remplissent de houblon jusqu’à la gueule, pour mieux pousser derrière les leurs au nom de la fierté d’un héritage commun, et de la chance d’être né ici. Down Under, comme ils disent... Las, si cette ferveur populaire qui s’est emparée de Brisbane n’est absolument pas fantasmée, elle ne concernait malheureusement pas le match entre les Wallabies et les Bleus. Mais bien le "decider" du State of Origin, disputé mercredi soir. "Chez nous, c’est un peu un mix du Super Bowl et du All Star Game", nous soufflait jeudi matin le local de l’étape Moses Alo-Emile. Aucun de la vingtaine de membres de la délégation française à avoir dégoté un des sésames aussi prisés ici qu’une invitation au mariage de Taylor Swift ne dira le contraire... Croisés avec des étoiles dans les yeux dans les travées du Suncorp pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, les Bleus se sont avérés unanimement marqués par la grandiloquence de l’événement, ainsi que par le spectacle sur et hors du terrain. Hasard ou pas, comme pour mieux narguer les quinzistes de la toute-puissance de l’autre code ici-bas, la NRL n’a pas hésité sur les effets d’annonce, en officialisant le nouveau contrat de droits TV paraphé par Channel 9 pour 5,3 milliards de dollars sur sept ans, partagés avec Fox League et Kayo ; l’extension de la compétition à vingt franchises à l’horizon 2029 (avec la création d’une seconde franchise néo-zélandaise sur l’île du Sud qui pourrait porter un coup très dur au rugby à XV néo-zélandais), et une augmentation à venir d’un salary cap actuellement fixé à 12,5 millions de dollars par club. Un bling-bling assumé qui a irradié toute la cité, jusqu’à faire passer les atermoiements qui nous ont concernés au sujet du mollet gauche de Matthieu Jalibert au rang de roupie de sansonnet... Les grands projets d’une NRL toujours plus menaçante On exagère ? Oh, à peine... On en veut pour preuve que les rares affiches du match concernant le match des Bleus aperçues en ville mettaient en scène Louis Bielle-Biarrey, ou encore que les avants des Wallabies et leur staff pouvaient s’offrir mardi soir un repas au Greca sur Howard’s Wharf, aussi anonymes que leurs visiteurs qui dînaient de leur côté chez Felons, une immense brasserie située quelques dizaines de mètres en contrebas. "D’un côté, cette tranquillité est plutôt appréciable, nous soufflait l’ancien talonneur de Montpellier Brandon Paenga-Amosa. Mais d’un autre côté, quand on voit l’ambiance qui monte en ville, on se dit que ça doit être quand même chouette d’avoir un soutien populaire pareil. Le Suncorp sera aussi rempli samedi, mais ce ne sera pas la même chose. Toutefois, la Coupe du monde approche, et on veut encore croire à un engouement. Notre ancien ailier Mark Nawaqanitawase (vainqueur du State Of Origin cette semaine avec les Blues du New South Wales) en est convaincu, c’est d’ailleurs pour ça qu’il va revenir à XV à la fin de l’année. L’avantage du XV par rapport au XIII, c’est qu’il a une stature mondiale. Il nous a d’ailleurs glissé que c’était à nous de faire le job samedi, après avoir évolué à guichets fermés contre l’Irlande à Sydney. Finalement, la pression, on se la met tout seuls..." Staniforth : "On sait ce qu’on doit à la France" Voilà comment, dans l’ombre de leurs éternels rivaux de la Rugby League, les Wallabies se sont préparés à affronter le XV de France, pour l’un des derniers matchs par intérim du sélectionneur Joe Schmidt, lequel s’apprête à passer pour raisons personnelles la main à Les Kiss. Un contexte tout sauf confortable, rendu carrément explosif par les mèches disséminées ici et là par des glorieux anciens, à l’image de l’ancien troisième ligne Phil Waugh, aujourd’hui président de la Fédération australienne, ou de son premier administrateur Daniel Herbert, l’ancien centre, les deux hommes apparaissant loin de porter le rugby français dans leur cœur. "Il y a en ce moment beaucoup de griefs à l’encontre du Top 14 que je ne partage pas forcément, nous confiait Sam Cordingley, ancien demi de mêlée de Grenoble devenu directeur sportif des Queensland Reds. On reproche aux équipes françaises de débaucher de très jeunes joueurs comme Visesio Kite et Heinz Lemoto, qui vont partir pour La Rochelle et Toulouse. Mais c’est à nous de travailler pour rendre nos franchises attractives, afin de garder ces jeunes !" Pas facile avec seulement quatre provinces dont les masses salariales sont quatre fois inférieures à celles du Top 14, quand bien même il ne s’agirait pas là de la seule explication. "Je ne compte plus le nombre de joueurs, notamment des avants, qui sont devenus performants en Europe alors qu’ils n’étaient que peu ou pas considérés chez nous, jurait encore Cordingley. Sur les 46 joueurs qui vingt s’affronter samedi, 26 sont Australiens puisqu’il y aura chez les Bleus Moses Alo-Emile, Manny Meafou et Tom Staniforth. Nick Champion de Crespigny n’était aussi que peu ou pas considéré avant de passer par Castres. Cela doit quand même nous interpeller quant à la façon dont on détecte et forme nos joueurs..." Une analyse en forme de mea culpa sincère, dont le deuxième ligne Tom Staniforth se voulait le parfait exemple, lui dont le... cousin Scott a été champion du monde en 1999 en tant qu’ailier des Wallabies. "Je n’ai pas envie de parler du rugby australien, mais du rugby français, qui offre aux joueurs comme nous l’opportunité de vivre une meilleure vie. On est conscient de cette chance, c’est pour cela qu’on a une reconnaissance énorme vis-à-vis du rugby français." De quoi insuffler à ces Bleus du bout du monde le supplément d’énergie nécessaire pour rebondir après la déception de Christchurch et aller chercher une victoire de prestige face à leurs cousins d’en face, Fabien Galthié ayant insisté sur le fait que le XV de France ne l’a emporté que "trois fois dans son histoire en Australie, contre quatre fois chez les All Blacks" ? On serait prêt à jurer que oui, au vrai, qui plus est en partant du principe que même l’Irlandais Sam "Bambi" Prendergast et ses faux airs de faon apeuré a réussi à se montrer décisif la semaine dernière face à ces Wallabies terriblement maladroits au pied et privés, pour faire bonne mesure, de leur meneur de jeu Carter Gordon. L’optimisme peut être de mise, donc. Quand bien même, comme toujours, on pourra s’inquiéter en se rappelant qu’impossible n’est pas Français...
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