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Classé au Ballon d'Or six ans d'affilée, capitaine de l'une des meilleures sélections de l'histoire, Iker Casillas, le mythique gardien du Real Madrid, aura autant marqué son époque que son poste.

Classé au Ballon d'Or six ans d'affilée, capitaine de l'une des meilleures sélections de l'histoire, Iker Casillas, le mythique gardien du Real Madrid, aura autant marqué son époque que son poste. Pour l'éternité, le premier sacre mondial de l'Espagne restera associé à la reprise victorieuse d'Andrés Iniesta et sa course folle vers le poteau de corner, poursuivi par ses coéquipiers, comme une délivrance, à quatre minutes du terme de la prolongation de la finale face aux Pays-Bas (1-0 a.p.). Mais de consécration planétaire il n'y aurait sans doute pas eu au Soccer City de Johannesburg en 2010 sans le sauvetage miraculeux d'Iker Casillas du pied droit face à Arjen Robben, lancé à l'heure de jeu par Wesley Sneijder dans le dos de Gerard Piqué. « La première chose qui me vient à l'esprit, c'est : "Comment peut-il se retrouver seul face à moi ?" retrace l'ex-numéro 1 depuis son agence de marketing sportif, à Boadilla del Monte, dans la banlieue ouest de Madrid. Je l'ai attendu au maximum, jusqu'au moment où j'ai senti qu'il pouvait me dribbler, et j'ai essayé d'avancer un tout petit peu, car je le savais très rapide, pour voir si je pouvais lui prendre la balle. Il a sans doute vu (Joan) Capdevila et (Carles) Puyol revenir et a perdu un peu ses nerfs. Normalement, dans dix situations semblables, il en met neuf au fond. » Hommage à Arconada. Vêtu du maillot vert porté autrefois par Luis Arconada, le portier malheureux de la finale de l'Euro 84 face aux Bleus (0-2, il avait encaissé un coup franc de Platini en laissant passer le ballon sous son ventre), il a su conjurer le sort. « C'était une façon de rendre hommage à un gardien admirable, alors que les gens retiennent parfois plus les mauvais souvenirs que les bons », indique Casillas. Qui est devenu ce soir-là le troisième gardien portant le brassard à brandir le trophée suprême, après Gianpiero Combi en 1934 et Dino Zoff en 1982, tous deux pour l'Italie. « C'est un sentiment indescriptible, poursuit celui qui a depuis été imité par Hugo Lloris en 2018. Dans ma jeunesse, j'avais vu (Lothar) Matthäus (Allemagne, 1990) et Dunga (Brésil, 1994) soulever la coupe du monde, puis (Didier) Deschamps (France, 1998), Cafu (Brésil, 2002), (Fabio) Cannavaro (Italie, 2006). C'est comme se retrouver dans un film hollywoodien. Après tant d'années où le football espagnol a couru après la gloire, on s'est débarrassés d'une énorme pression. On est enfin entrés dans le cercle des grandes nations du football (huitième sélection vainqueure d'un Mondial). » Deux ans avant de décrocher l'unique étoile de l'Espagne, Iker Casillas et sa bande s'étaient emparés à Vienne (contre l'Allemagne, 1-0), de la coupe Henri-Delaunay, récompensant le vainqueur du Championnat d'Europe (déjà gagné par la Roja en 1964). Ils ont ensuite récidivé à Kiev en 2012 (face à l'Italie, 4-0), scellant un triplé inédit et l'hégémonie d'une génération exceptionnelle, emmenée par Andrés Iniesta, Xavi, Sergio Ramos, Xabi Alonso ou Sergio Busquets. Pourtant, quelques mois avant ce dernier sacre, les tensions entre le Real Madrid de José Mourinho et le Barça de Pep Guardiola avaient fait vaciller la belle osmose qui régnait chez l'Absoluta (la sélection espagnole). En août 2011, le technicien portugais avait mis son doigt dans l'oeil de Tito Vilanova, l'adjoint du coach blaugrana, à l'issue du match retour de la Supercoupe d'Espagne (2-3 ; 2-2 à l'aller). Madrilènes et Barcelonais semblaient alors irréconciliables. Mais un sage coup de téléphone entre Xavi et Casillas allait ramener la paix. « Cette mauvaise ambiance s'était infiltrée jusqu'en équipe nationale, se remémore ce dernier. On le ressentait entre coéquipiers, à l'entraînement, à table, dans l'avion. On a réussi à remettre les choses à plat, ce qui nous a permis de continuer à écrire l'histoire en remportant l'Euro 2012. » Plus jeune gardien à remporter une C1. Proches, les deux leaders avaient remporté ensemble le Mondial des U20 en 1999 au Nigeria. Le métronome catalan évoluait alors avec l'équipe première du Barça depuis quelques mois, tandis qu'Iker Casillas n'allait pas tarder à avoir sa chance dans la cage du Real, face à l'Athletic Bilbao, dans la « cathédrale » de San Mamés, à seulement 18 ans et 3 mois. Huit mois plus tard, il devenait le plus jeune gardien titulaire à disputer et remporter une finale de Ligue des champions, face au Valence CF (3-0, le 24 mai 2000), au Stade de France. « Un an plus tôt, je jouais des matches de Troisième Division avec la réserve, et là je me retrouve avec une médaille de champion d'Europe autour du cou, souffle l'ancien Madrilène à propos de l'Octava, la huitième C1 gagnée par les Merengues. Si aujourd'hui je voyais un mec de cet âge dans la même situation, j'aurais peur pour lui. Mais à l'époque, pour moi c'était comme jouer dans la cour de récré avec les copains. » Deux ans plus tard, dernier rempart des Galactiques, il décrochait une nouvelle C1, marquée du sceau de Zinédine Zidane et de sa reprise magique du gauche, contre le Bayer Leverkusen (2-1). Dans la foulée, pour son premier Mondial, titulaire à la suite du forfait de Santiago Cañizares, il avait signé quelques belles parades, stoppant notamment un penalty et deux tirs au but lors du huitième face à l'Eire (1-1, 4-3 aux t.a.b.), ce qui lui avait valu le surnom de « San Iker » (Saint Iker). D'ailleurs pourquoi Iker, ce prénom basque, pour un Madrilène ? « Mes parents ont vécu et travaillé un temps là-bas, le prénom leur a plu, et il y a quarante-cinq ans, personne ne s'appelait Iker à Madrid, assure le plus célèbre d'entre eux. C'était même assez drôle, parce qu'à chaque rentrée scolaire, quand le professeur faisait l'appel, la réaction des autres élèves, c'était : "C'est quoi ce prénom bizarre ?" Alors qu'aujourd'hui, c'est l'un des prénoms les plus répandus du pays. » Enfant du Real. Entré à l'académie du Real Madrid à 9 ans, sur les conseils d'une connaissance de son père, après s'être contenté de jouer dans les rues de Mostoles (non loin de la capitale espagnole) avec ses amis, le champion du monde 2010 évoque le gardien de but qui l'inspire alors. « Celui auquel je me suis vraiment identifié, c'est Peter Schmeichel, s'enthousiasme-t-il. Je me souviens très bien de l'Euro 92 qu'il remporte avec le Danemark. Quand je l'ai vu pour la première fois à la télé, j'ai eu le souffle coupé. » Lancé dans le grand bain par John Toshack, adoubé par Vicente Del Bosque, poussé sur le banc par José Mourinho, il est revenu en odeur de sainteté avec Carlo Ancelotti pour décrocher la Decima en 2014, la dixième C1 tant espérée par le club madrilène, douze ans après la dernière. « Avec José (Mourinho), c'est un mariage qui s'est mal terminé, glisse-t-il. La première année, on était très proches, c'était une relation passionnelle, intense. Au fil du temps, la relation s'est usée pour diverses raisons. Aujourd'hui, si on se croise, on se salue, on peut même s'asseoir à une table et discuter sans problème. » Quand le Real subit la loi du Barça au tournant des années 2010, c'est avec la Roja qu'il s'épanouit. Avant les triomphes continentaux et mondiaux, il y eut pourtant quelques désillusions et notamment ce huitième de Coupe du monde 2006 perdu face à la France à Hanovre (1-3), alors que le quotidien sportif Marca avait exhorté le matin du match la Seleccion à « mettre Zidane à la retraite ». « C'est assez symptomatique de comment nous sommes, nous les Espagnols, tranche l'ex-gardien. Il faut toujours avoir du respect envers ceux qui ont gagné des titres. Quand les médias te placent favori sans que tu n'aies rien gagné, cela crée des espoirs infondés, et arrive ce qui arrive. C'était un match équilibré, on a même mené, mais ils avaient ce supplément d'expérience, avec des joueurs - Zinédine Zidane, Lilian Thuram, Patrick Vieira, Thierry Henry - qui avaient déjà gagné une Coupe du monde et un Euro. » Lors des trois tournois internationaux suivants, la Roja ne perdra plus de match décisif et réalisera le carton plein. La peur dans les yeux. Après avoir rompu des décennies de disette et cette barrière psychologique qui la séparait des grandes nations en remportant l'Euro 2008, puis le Mondial 2010, l'Espagne a infligé une leçon à l'Italie en finale de l'Euro 2012, asseyant ainsi sa domination sur le football planétaire avec panache. « Plus jeune, j'entendais parler du Brésil de Pelé, de l'Allemagne de Beckenbauer ou même de la France de Zidane, se souvient celui qui fut capitaine de la Roja de 2006 à 2016. Ce qu'on a accompli, aucune sélection ne l'avait fait, et, qui plus est, en jouant très, très bien. On affrontait la France, le Portugal, les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Allemagne, et dans le couloir des vestiaires, ils nous regardaient avec la peur dans les yeux, on le sentait. » Deux ans plus tard, au Brésil, pourtant, la chute fut aussi vertigineuse que l'ascension, avec une élimination dès le premier tour de la Coupe du monde, entamée par la vengeance froide de la bande d'Arjen Robben et Robin van Persie (tous deux auteurs d'un doublé, 1-5) et la déroute face au Chili (0-2), cinq jours plus tard, synonyme de retour prématuré à la maison. « En Coupe du monde, au-delà de la forme physique et mentale, il y a aussi une part de chance, constate Iker Casillas. En Afrique du Sud, elle était avec nous. En 2014, tout s'est inversé, les actions ont tourné en faveur de l'adversaire lors de nos deux premières rencontres et voilà, c'était déjà fini. » Doublure de David De Gea lors de l'Euro 2016 disputé en France pour sa dernière aventure internationale, il est encore aujourd'hui le second joueur le plus capé de l'histoire de l'Espagne, avec 167 sélections, derrière le défenseur Sergio Ramos Nommé au Ballon d'Or sans discontinuer de 2007 à 2012, il figure sans aucun doute au panthéon des meilleurs à son poste. « Je ne crois pas que ce soit cohérent ni juste que depuis Lev Yachine (en 1963) aucun gardien n'ait gagné le Ballon d'Or, estime le joueur qui a disputé le plus de matches en Ligue des champions après Cristiano Ronaldo (181 pour l'Espagnol, 187 pour son ancien partenaire portugais). Dans l'histoire du football, il y en a eu de formidables qui méritaient de figurer plus haut au classement : Buffon (2e en 2006), Neuer (3e en 2014), Kahn (3e en 2001 et 2002), Courtois (7e en 2022), Cech (14e en 2005)... » Et lui, où se situe-t-il sur le podium du premier quart du XXIe siècle ? « Buffon, Neuer et moi, on est totalement différents, mais on incarne bien ce qu'est un gardien de haut niveau. Quand j'entends dire aujourd'hui qu'ils doivent mesurer 2 m, ça m'énerve vraiment. (Fabien) Barthez et Cañizares n'étaient pas grands mais c'étaient de grands gardiens. Je crois qu'on oublie parfois que les gardiens sont là pour arrêter les ballons, pas pour remplir le but. » Accident cardiaque et retraite. Après un dernier tour de piste mitigé avec le Real Madrid en 2014-2015 (une Supercoupe d'Europe et un Mondial des clubs), le deuxième joueur ayant disputé le plus de matches sous le maillot immaculé (725, derrière l'attaquant Raul, 741) a goûté au Championnat portugais avec le FC Porto. Le 1er mai 2019, il est victime d'un infarctus du myocarde lors d'un entraînement, mais sa bonne étoile l'accompagne. « Plus vite on intervient, mieux c'est, parce que le muscle souffre moins, explique-t-il. Par chance, ça s'est passé au meilleur endroit possible : sur un terrain de football, avec un médecin et des infirmiers. On m'a transporté rapidement à l'hôpital. C'était la Fête du Travail, il n'y avait pas un chat dans les rues, pas de trafic. J'ai mis à peine une demi-heure pour arriver. Ils m'ont posé un cathéter et je suis revenu à la vie. C'était comme un reset du corps. » Pour sa dernière saison en pro, il intègre alors le staff des Dragons et ne remettra plus les gants. Il y a cinq ans, pour obtenir une meilleure indemnisation, il a porté plainte contre le club portugais et son assureur mais l'affaire judiciaire n'est toujours pas réglée. Depuis la fin de son aventure à Porto, le quadragénaire profite de sa vie de jeune retraité. « À 38 ans, j'ai réfléchi et je me suis dit : "J'ai accompli tout ce que je voulais dans le football pendant vingt et un ans." Pourquoi prendre le risque de subir un choc, qui aurait pu avoir des conséquences graves ? Le mieux était d'arrêter, de faire tout ce que je n'avais pas eu le temps de faire, de me consacrer à d'autres choses dans le monde du football. Apprendre et comprendre ce qui se passe autour d'un terrain. » Ambassadeur de la Liga et directeur adjoint de la fondation du Real Madrid, il est par ailleurs vice-président de l'AFE, le syndicat des sportifs espagnols. En 2020, il a songé à se présenter à la présidence de la RFEF (la Fédération espagnole de foot), avant de jeter l'éponge. « J'ai compris que c'était un poste très convoité, pour lequel les gens sont capables de tout. Je n'ai pas aimé l'atmosphère. Je n'allais pas me battre pour un siège de président et une voiture de fonction, je n'ai pas besoin de ça. » Associé à Piqué au sein de la Kings League et animateur du podcast Bajo los palos (Entre les poteaux) pour lequel il a reçu Luis Figo, Marcelo ou encore Romario, il ne s'interdit pas de revenir dans le football, d'une manière ou d'une autre. En attendant, il observe de loin son fils aîné Martin, qu'il a eu avec la journaliste Sara Carbonero, évoluer comme gardien avec les U12 du Real Madrid. « Je lui dis de ne pas tenir compte des commentaires des gens, qui sont souvent très envieux. Certaines mauvaises langues ont aussi pu dire que j'étais au Real Madrid par piston. Je lui dis de profiter de chaque saison comme si c'était la dernière. C'est une expérience merveilleuse que de faire sa formation au Real. Il va pouvoir participer à des tournois importants, rencontrer des gens formidables, nouer de nouvelles amitiés. » Et qui sait, peut-être reprendre le flambeau de son emblématique père ?
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